Le bois dans tous ses etats
Le dernier chic sera bientt de construire sa maison avec du bois frit. Ne riez pas, les scientifiques ont un talent indéniable pour produire de l'innovation avec de bonnes vieilles recettes. Cette technologie, encore confidentielle, a été présentée au Salon Batimat 2003 mais le visiteur s'étonnera, au long des allées, de découvrir que le secteur de la construction ne cesse d'innover, contrairement à sa réputation. La santé florissante du marché du btiment, tirée par la construction neuve, appelle il est vrai un renouvellement constant des technologies. L'humeur du temps aussi. L'engouement pour le développement durable relance par exemple l'intérêt pour le bois de construction, une tendance de fond venue des pays scandinaves. Bien gérée, la forêt offre une source inépuisable de matériau. Les chercheurs travaillent toutefois à compenser ses défauts liés à sa fragilité aux intempéries.

Le bois dans tous ses états
C'est à cet effet que le Centre Technique du Bois et de l'Ameublement (CTBA) a expérimenté le procédé oléothermique, maintenant promis à la phase d'industrialisation en 2004. Pierre Bonfils, responsable du développement au CTBA, explique que les poutres ou planches de bois sont immergées dans un bain d'huile qui a pour effet de vider le bois de son eau. La pièce est alors trempée dans un liquide qu'elle absorbe profondément et dont les propriétés améliorent le bois. Il peut s'agir d'une pigmentation ou d'un traitement dopant sa tenue chimique, comme l'huile de lin. " Notre objectif est de valoriser les essences françaises, naturellement moins protégées contre les agressions que les essences exotiques (comme le teck), mais aussi de démocratiser l'accès à ces bois d'extérieur encore très onéreux ", précise Pierre Bonfils. Dans la même veine, la recherche continue son travail sur les traitements chimiques du bois. La tendance est également à l'association du noble matériau avec d'autres composants. Le CTBA et la PME Epsilon Composites terminent ainsi l'étude d'une poutre en bois lamellé collé intégrant des plaques de carbone. La tenue en flexion est alors doublée, ce qui permet de répondre au souhait des architectes pour des structures plus fines dans les ouvrages de génie civil ou les btiments à large portée. Pour valoriser la filière bois, les chercheurs misent aussi sur son alliance, sous forme de farine micrométrique, avec les plastiques ou les polymères. Le mélange obtenu, qui peut contenir jusqu'à 70 % de farine, permet alors de produire n'importe quelle forme de pièce grce aux procédés de la plasturgie comme l'extrusion ou l'injection, à condition d'éliminer l'humidité du bois. Plusieurs PME japonaises, américaines ou scandinaves produisent déjà des profilés tridimensionnels complexes.

Verres autonettoyants
Enfin, une nouvelle technique de collage du bois sur le verre devrait être commercialisée d'ici un an. Grce à l'emploi de colles siliconées, le bois peut servir de support pour les façades vitrées en murs-rideau, comme l'a expérimenté le CTBA pour le btiment du jardin botanique de Bordeaux. A l'esthétique du bois s'ajoute la transparence et l'isolation du verre.

La cohabitation de ces deux matériaux est promise au succès car, comme le bois, " le verre ne cesse de grignoter des parts de marché ", explique Bertrand Delcambre, directeur du Centre Scientifique et Technique du Btiment (CSTB). Prisé initialement pour sa transparence, le vitrage s'impose partout jusqu'à certains planchers et aux escaliers les plus excentriques. Le verre se doit donc d'être résistant, isolant, protecteur contre le soleil, esthétique, voire autonettoyant. Un défi auquel s'attellent les industriels comme Saint-Gobain ou le CSTB. Une étude européenne vient par exemple d'être lancée sur les vitrages à filtrage réglable afin de remplacer les protections habituelles comme les stores, volets... Les deux technologies visées permettent de diviser par trois la transmission directe des rayonnements. Les verres électrochromes contiennent des cristaux dont la transparence varie avec la tension qu'on leur applique. Les gazochromes sont des doubles vitrages remplis d'hydrogène dont on règle la concentration.

José Fontan, spécialiste au CSTB, envisage la commercialisation de ces verres d'ici à cinq ans, en particulier dans les immeubles de bureaux.

A l'inverse, de nouveaux vitrages vont apparatre pour lutter contre les deux défauts du verre, souvent considéré comme dilapidateur de la chaleur d'une pièce et convecteur du bruit. Pourtant, il n'est plus le dernier de la classe, les recherches ayant divisé en 15 ans sa conductivité thermique par 5. L'intégration de gaz rares, comme l'argon, dans les doubles vitrages promet encore de meilleures performances.

La menuiserie, devenue le point faible, profite maintenant des même attentions, et de nouveaux profilés sont en développement. L'isolation phonique est également progressivement améliorée en augmentant la couche d'air des doubles-vitrages ou par l'insertion de films plastiques appropriés. Enfin, plusieurs innovations vont renforcer les qualités mécaniques du verre par des techniques d'armement, comme pour le bois ou le béton. Car, après les " peaux " des btiments, ce sont les structures que l'on veut transparentes, qu'il s'agisse des dallages, des escaliers et même des piliers. La solution réside dans des structures feuilletées de verre renforcées par des films résistants.

Au-delà des thèmes traditionnels de la recherche, le secteur du BTP connat un fort engouement pour l'informatique.

Le retour de la domotique
Après plusieurs années de déconvenues, la domotique revient en force, mais cette fois avec réalisme, explique Bertrand Delcambre : de nouvelles technologies sont ainsi prises en compte dans les automatismes de régulation. Le développement durable inspire tout autant d'innovations, en particulier dans les traitements des eaux usées, les systèmes filtrants connaissant une poussée de miniaturisation. Concernant la production d'énergie, les capteurs et des tuiles photovoltaques sont en pleine expansion, tandis que les industriels proposent désormais des systèmes complets pour le chauffage solaire.


Source : Les Echos n19023


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